« À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)



avatar

Mérésânkh "Nephtys"
déesse protectrice des morts
Je me prénomme Mérésânkh "Nephtys". On me connait plus sous le surnom de : Shas (celle qui esquive) Je suis né(e) il y a : 20 ans dans la charmante ville de : Thèbes Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 26 papyrus. Je suis actuellement : célibataire je vis dans la ville de : Thèbes On me dit souvent que je ressemble à : Shanina Shaik Je dois mon avatar à : moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Lun 25 Mai - 12:07

À L'OMBRE DE NOS ESQUIVES
Les premières lueurs du soleil sont toujours les plus douces, réchauffent lentement le monde et caressent amoureusement ce qui se trouve sur leurs passages. L’une d’elle s’attarde paresseusement sur le visage endormi de la jeunesse, lui murmure d’ouvrir les yeux tandis qu’elle dérive de ses lèvres à son regard clos, caresse son front puis sa chevelure éparse. Est-ce un soupir de bien être qui s’échappe des lèvres de l’endormie, alors que ses cils papillonnent enfin, que les prunelles de jade s’ouvrent brusquement au monde, s’accoutument à la lumière divine. Nephtys, créature de l’obscurité, se glisse de nouveau sous le drap, à la recherche de la dernière parcelle d’ombre avant de finalement abandonner l’idée, de repousser le coton tissé, se redresser et s’étirer. Commence sa longue journée, alors qu’elle se lève, verse l’eau dans une vasque et aspire à une toilette légère. L’habitude est tenace, la routine, toujours à l’identique, alors qu’elle asperge son visage d’eau, peigne sa sombre chevelure avant de la tresser rapidement. Enfin, la jeune prêtresse daigne s’habiller, d’une robe blanche qui informe solennellement sa condition, son statut. Et comme toutes les autres prêtresses, quitte sa cellule pour prier la grande Isis, celle qui se fait déesse des mortels, mais qui n’est aux yeux de la déesse protectrice des morts, que sa jumelle, cette autre part d’elle-même. Là-haut, elle l’a vu partir pour le monde des humains, ne lui souhaitant que bonne chance sans jamais lui faire part de son désir de rejoindre elle-aussi le monde des mortels. Anonyme. Voilà ce qu’elle est devenue, pèse sa solitude dans la balance de son esprit. Isolée, loin des autres dieux, loin de ses frères, ses sœurs. S’en plaint-elle ? Pas une fois, alors qu’elle imite ses compagnes, dépose des offrandes pour apaiser la déesse, déserte pour rejoindre d’autres lieux.

À chacune son ouvrage, tandis qu’elle s’installe près d’un petit bassin, où elle aime penser, glisse l’instrument de musique sur ses genoux avant d’en tirer quelques notes, de l’accorder. Prêtresse-musicienne, un rôle qui lui convient à merveille, amoureuse de l’art musical dont elle se fait petit à petit maîtresse. Ses doigts glissent, mais ses lèvres demeurent closes. Le chant n’est pas au rendez-vous, alors qu’elle compose la prochaine ode à sa jumelle, se concentre sur son instrument. Dès lors qu’elle joue, elle en oublierait tout, jusqu’au repas qui est déjà servit. Fâcheuse tendance, oubli inconscient. La mortalité est une faiblesse qu’elle écarte facilement, malgré les rappels de son estomac. Mais elle n’écoute pas, continue de jouer jusqu’à ce qu’une vieille prêtresse vienne la chercher pour la seconde partie de sa journée, celle qui arrive toujours bien trop tôt, et se termine bien tard. Activité pourtant dont la jeune Mérésânkh apprécie la teneur. « Il est l’heure ma petite. » Ces simples mots suffisent à faire cesser l’enfant, qui déjà dépose l’instrument, apprécie l’aide de la vieille nourrice tandis que son corps proteste contre ce changement de position trop brutal. « Tu finiras par ne plus pouvoir te lever à te montrer aussi entêtée ! Et je parie que tu n’as même pas mangé ! Tiens ! » Glisse la vieille avant lui donner quelques fruits et un morceau de pain dans les mains. La déesse esquisse un sourire de remerciement avant de finalement croquer dans l’un des fruits. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est bien suffisant. « Merci Nethy. » achève t’elle enfin, alors qu’elle se dirige vers la sortie du temple, glisse la sac autour de son épaule. « J’imagine que tu vas encore aller dans le quartier pauvre ? Sois prudente ma Mérésânkh. N’oublie pas de te couvrir le visage si tu ne veux pas attraper la maladie. » Un signe de tête, le signe qu’elle a comprit ce qu’on lui répète sans cesse. « Oh, et j’allais oublier. Tu as un nouveau garde pour t’accompagner. Tâche de ne pas le perdre celui-là. Ils t’ont déjà bien surnommé, et tous sont anxieux à l’idée de t’accompagner maintenant. » Un sourire amusé cette fois, tandis qu’elle se faufile déjà vers le fameux garde, avant de finalement marquer un arrêt. L’homme en question était un géant, au regard féroce et à la corpulence suffisamment imposante pour pousser quiconque à renoncer à l’ennuyer. Pourtant, le détail qui marqua la jeune femme, fut cette longue barbe tressée, signe que l’homme vivait un deuil depuis longtemps déjà, ou en subissait un tous les jours. Glissant finalement la tête sur le côté, Mérésânkh reprit sa marche, glissant sur sa sombre chevelure, un voile suffisamment épais pour la protéger des attaques de Rê. « Bonjour. » glisse t’elle enfin de sa voix d’enfant, observe le géant avant de finalement se détourner de lui. Comme tous les autres, elle sait qu’elle le sèmera dans les rues de la cité, qu’il rentrera aussi penaud que les autres. La déesse estime ne pas avoir besoin de protection, juge seule qu’elle pourra défendre sa carcasse contre l’intrus malavisé. « Nous nous rendons dans le quartier de Doua. » Lâcha t’elle finalement, prenant déjà les devants pour déserter le temple, son pas s’avérant bien moins lent que celui de toute prêtresse lambda. Une manière de juger celui de son vis-à-vis peut-être ?  
avatar

Isdès
fils de Néhésy
Je me prénomme Isdès. On me connait plus sous le surnom de : Khaibit (l'ombre). Je suis né(e) il y a : 31 ans dans la charmante ville de : Thèbes. Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 64 papyrus. Je suis actuellement : célibataire, je vis dans la ville de : Thèbes. On me dit souvent que je ressemble à : Jason Momoa. Je dois mon avatar à : Arté.

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Ven 29 Mai - 14:40


à l'ombre de nos esquives

Les premières lueurs du soleil étaient toujours les plus aveuglantes, pour ceux qui dormaient à la belle étoile. Le rayonnement du grand Rê privilégiait toujours l’éveil des âmes qui offraient leur sommeil à la nuit comme au jour. Isdès s’était endormi contre la botte de paille qu’il avait laissée là pour sa monture. En Egypte, il vaquait souvent à pied. Il se moquait de fouler la poussière des kilomètres durant tant il connaissait les moindres recoins de sa ville natale. Thèbes était un labyrinthe pour les étrangers, un oasis de secrets à découvrir tout au long d’une vie pour ceux qui naissaient et mouraient en ces lieux. Il pouvait la traverser les yeux fermés qu’Isdès ne se cognerait ou ne trébucherait pas une seule fois. Seulement pour les voyages les plus longs, au-delà des frontières royales d’Egypte, il avait dû se résoudre à acquérir une monture. L’âne, canasson habituel pour les égyptiens qui ne se faisaient pas porter par ses semblables, n’avait pas fait le poids quand Isdès avait hissé sa carcasse lourde sur son pauvre dos. L’ossature de l’âne était bien trop fragile si bien qu’il avait dû se résoudre à acheter un pur-sang, un véritable cheval qui saurait galoper à travers les péripéties avant que la fatigue ne se fasse sentir. Noir comme l’ébène, il laissait l’animal chez son père qui avait spécialement construit un abri dans sa propriété, afin de le protéger des intempéries et des voleurs. Isdès n’était pas de ceux qui s’attachaient aux bêtes, mais de semaine en semaine, il développait une certaine affection pour cette créature qui guidait chacune de ses aventures. D’ailleurs, ce matin-là, il ne sut pas qui était responsable de son réveil : le soleil éclatant ou les naseaux humides du cheval. Celui-ci savait très bien qu’il ne trotterait pas avant longtemps puisqu’Isdès s’était vu attribuer une nouvelle mission de protection. N’était-il pas au service du pharaon avant tout ? De plus en plus, cette réalité l’agaçait sans qu’il ne puisse en trouver la raison. Ces derniers temps, plus il parcourait Thèbes, plus il lui semblait renifler l’odeur du trouble, de l’obscure. Il avait beau être une bête lui-même, sitôt qu’on le mesurait à quelques-uns de ses congénères, il n’en était pas moins observateur et terriblement instinctif.

Et la nouvelle âme qu’on avait confiée sous sa surveillance, ne lui plaisait guère davantage. Nullement désobéissante mais rusée, la prêtresse d’Isis semblait avoir déjà provoqué des colères au sein des gardes du Pharaon. Visiblement, si elle s’était soumise au jugement et aux ordres de la déesse toute-puissante, elle refusait de voir chacun de ses gestes épiés et contrôlés. De toute évidence, il s’agissait encore d’une jeune fille de la haute qui, toute son enfance, avait senti le regard attentif dans son dos. Comme toutes, elle souhaitait connaître le risque et le danger sans se douter qu’ici bas, les desseins étaient plus funestes qu’à son imagination. Après une brève caresse le long de l’encolure du cheval, Isdès se résigna finalement à l’abandonner. Ses doigts effleurèrent le manche de bronze de son khépesh, symbole de sa domination, puis il se mit enfin en route jusqu’au temple là où il devrait être l’ombre silencieuse des pas légers d’une servante d’Isis. Se faire oublier quand l’instant l’exigeait, savoir s’imposer quand la situation le requérait, voilà ce qui faisait l’efficacité de l’homme et il savait qu’il était l’un des rares à posséder ces deux qualités – celles qui finalement prouvait la valeur de l’assassin comme du soldat. « Isdès. » Se présenta-t-il humblement une fois qu’il fut parvenu près de l’entrée. Personne n’était accepté si facilement en ces lieux sacrés, particulièrement les hommes qui étaient d’abord vus d’un mauvais œil avant d’être acceptés dans l’enceinte. Pour l’heure, le garde préféra demeurer dehors, pour acquérir la confiance de la prêtresse supérieure qui vint s’enquérir de sa fonction. « Prenez garde, soldat, ne vous fiez pas à son visage discret. Elle réserve sa sournoiserie de félin, spécialement pour les gens comme vous. » Puis elle s’éclipsa dans un sourire. Peu impressionné, Isdès entreprit d’attendre patiemment sous le soleil qui cognait déjà sur sa chevelure épaisse. Il aurait pu demeurer ainsi des heures, statue de chair et d’os, mais la prêtresse dont il avait la charge avait finalement décidé de sortir aujourd’hui. Il ne l’avait pas remarquée jusqu’à ce qu’elle n’ouvre la bouche. Isdès considéra alors sa silhouette d’un regard appuyé, presque outrancier. Elle avait beau représenter la divinité, dès qu’elle sortait du temple, ne subsistait d’elle qu’un corps et une vie qui devaient rester tous deux intacts. Il put à peine distinguer le visage derrière ce voile que déjà elle lui tourna le dos pour entamer sa marche jusqu’au quartier de Doua. « Et vous voulez y faire quoi à Doua ? Laver les pieds comme on lave les vôtres ? » Glissa-t-il sur un ton suffisamment goguenard pour qu’elle s’en offusque. Il laissa un mètre à peine les séparer tandis qu’il lui emboita le pas. Sa silhouette, fine et frêle au sortir de l’adolescence, devait être tout à son attention ainsi que son environnement. Il la suivait calmement, d’un pas lent mais à grandes enjambées. Comment cette jeune femme pouvait-elle semer ses semblables ? Comment un soldat surentrainé pouvait-il être distancé par de telles courbes à peine formées ? D’autant plus que si le quartier de Doua était son lieu de prédilection, se fondre dans la masse relevait de l’impossible. Aux aguets, Isdès continua de l’escorter, prêt à aborder le moindre des imprévus, à l’approche du quartier pauvre d’Egypte. La tresse de l’homme balançait lentement dans son dos tandis que le soldat, comme la prêtresse, exécutaient jusqu’ici leurs ordres. Ne jamais se séparer.
avatar

Mérésânkh "Nephtys"
déesse protectrice des morts
Je me prénomme Mérésânkh "Nephtys". On me connait plus sous le surnom de : Shas (celle qui esquive) Je suis né(e) il y a : 20 ans dans la charmante ville de : Thèbes Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 26 papyrus. Je suis actuellement : célibataire je vis dans la ville de : Thèbes On me dit souvent que je ressemble à : Shanina Shaik Je dois mon avatar à : moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Ven 29 Mai - 21:22

À L'OMBRE DE NOS ESQUIVES

Elle ne lui prêta peut-être pas l’attention suffisante qu’il méritait. À ses prunelles de jade, le soldat n’était rien de moins que ce qu’il était : un géant, un soldat, et ne devait sans doute pas posséder plus d’intelligence qu’une datte tombée de l’arbre. Pas de quoi s’inquiéter de toute évidence. Et pourtant, la déesse ne put s’empêcher de le tester, de s’accorder un pas assez rapide pour connaître le sien. Grâce à cela, peut-être trouverait-elle le moyen parfait pour s’échapper. Nul doute qu’elle ne comprenait pas pourquoi la grande prêtresse s’évertuait à la faire suivre, protection inutile. Certes, les autres prêtresses ne daignaient que très rarement s’aventurer dans les quartiers pauvres et épuisés par la maladie, préférant donner plaisir aux plus offrants. Mais elle… Ne faisait-elle pas preuve de rédemption face à ces oubliés ? N’accédait-elle pas à la volonté d’Isis ? Oui, de toute évidence, qui pouvait mieux respecter les volontés de cette dernière que sa jumelle, celle qui la connaissait depuis des siècles et bien plus encore ? Une pensée ancrée au plus profond de sa chair, une dette gravée au fer rouge dans le creux de son âme. Pour cela, nul besoin d’un garde assigné à son corps, nul besoin d’un homme inutile dans le rôle de sa fonction. Encore moins un soldat montrant déjà les dents quant au quartier choisi, ne se privant pas même pour le faire savoir. Et bien qu’elle ne s’arrêta pas, continuant de son bon pas, la créature ne s’offusqua pas même de la remarque acerbe, signe évident que l’homme endeuillé l’avait catalogué d’une manière bien peu agréable. « Sais-tu ce que l’on trouve à Doua soldat ? » Pas de vouvoiement, car celui-ci n’est réservé qu’au seigneur des seigneurs, aux divinités invisibles. Mais elle n’attend pas sa réponse, continue sa marche, se fait plus rapide à mesure que la foule s’active dans les rues. Qu’il ne compte pas sur elle pour l’attendre. « On y trouve des vieillards, des femmes et des enfants affamés. On y trouve des femmes à la vertu passée et au ventre gonflé. Pauvreté, famine et douleur. C’est tout ce qu’il y a là-bas. La déesse ne veille pas seulement sur ce qui ont de l’or pour offrande. Elle veille aussi sur ceux qui tournent le visage vers les étoiles. » Ainsi achève-t’elle sa litanie, alors que déjà, ses pieds s’arrêtent brusquement devant une échoppe, manque de se prendre le soldat de plein fouet. Sa dextérité seule l’empêche d’heurter l’homme qui la dérange. Et si elle ne lui adresse qu’un simple regard, ce n’est que pour appuyer ses paroles prononcés. S’il s’attend à une prêtresse peu soucieuse d’autrui, nul doute qu’il est tombé sur la mauvaise personne.

Mais le regard ne s’attarde que le temps de capter son expression, alors qu’elle se cache de nouveau derrière son voile de fortune, extirpe de son sac une petite bourse sonnante. Des économies ? Assurément non, mais bel et bien l’argent volé au temple, destiné à enrichir les grands-prêtres, plus qu’ils ne le sont déjà. Plusieurs galettes, synonymes de pain, qu’elle s’empressa de glisser dans sa sacoche, avant de disparaître de nouveau vers une autre boutique locale. De la nourriture, toujours, soucieuse pourtant d’échapper à son gardien. Jetant un rapide coup d’œil derrière elle, elle toisa son sombre regard avant de finalement hausser les épaules. Ce ne fut que quelques minutes plus tard que l’aubaine se présenta, foule inattendue dans laquelle elle vint se fondre, profitant de l’effet pour ôter son voile et disparaître dans la masse brune de cheveux noirs. Ce n’était pas la première fois qu’elle optait pour ce stratagème, dérivant ci-et-là, jouant de son frêle corps pour se faufiler dans des passages plus exigus jusqu’à finalement reconnaître un passage pour le quartier de Doua. Ici, elle savait pertinemment qu’elle ne craignait rien, ne prenant pas même la peine de jeter un regard derrière elle. Elle avait semé son soldat, c’était bien suffisant. Maintenant, elle pourrait exécuter sa journée comme il se doit, sans crainte d’être interrompue par un soldat imbu de lui-même, à peine capable de regarder la pauvreté du monde dans les yeux. Quelques autres pas, avant de finalement s’agenouiller devant un vieux mendiant, aveugle depuis des années maintenant, mais toujours fidèle au poste. « Je peux sentir que tu es là Mérésânkh. Ce qui veut dire que tu as encore semé un de tes gardiens. Un jour, tu ne seras pas aussi chanceuse enfant. » Un sourire, tandis qu’elle rompt déjà la galette en morceau pour lui en présenter un bout. Une offrande appréciée, elle le sait, mais que le vieillard se garde toujours de manger devant elle. « Montre-moi ta jambe, il faut que je change le pansement. » Des protestations, la certitude que d’autres ont bien plus besoin de ses soins que lui. Elle pourrait le guérir totalement, user de son don pour ce faire, et pourtant, la déesse tente de demeurer humaine le plus possible. « Mange maintenant. » Un ordre, alors qu’un conseil se fait entendre, un paiement peut-être. « J’ai entendu dire que la belle Sôkhys n’allait pas tarder à mettre bas. Et ne te rends pas dans le sous-quartier ouest. On parle d’une épidémie qui ronge la chair et ne laisse plus rien en trois jours. » Une main posée sur une autre, et c’est à peine si la belle écoute la recommandation. Tôt ou tard, elle se rendra dans ce fameux quartier, tôt ou tard, elle devra choisir de laisser mourir ou de soigner contre le gré de la nature. C’est pourtant plus légère qu’elle continue à arpenter la ruelle presque abandonnée, où seuls les affamés attendent le pain du jour. Des enfants surtout.  
avatar

Isdès
fils de Néhésy
Je me prénomme Isdès. On me connait plus sous le surnom de : Khaibit (l'ombre). Je suis né(e) il y a : 31 ans dans la charmante ville de : Thèbes. Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 64 papyrus. Je suis actuellement : célibataire, je vis dans la ville de : Thèbes. On me dit souvent que je ressemble à : Jason Momoa. Je dois mon avatar à : Arté.

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Sam 6 Juin - 20:03


à l'ombre de nos esquives

Savait-il ce qu’on trouvait à Doua ? Voilà l’arrogance à l’œuvre chez les plus humbles servantes d’Isis – un vice qu’on pensait refoulé à l’entrée comme les hérétiques ou les fanatiques. Que savait-elle de son histoire ? Que savait-elle de son passé ? S’il avait hérité des traits typiquement égyptiens, sa sœur ou même son père portaient encore les vestiges physiques de leur parent nubien. Des yeux clairs comme la roche qui rappelait le statut déchu de leur grand-père, des drames et souffrances qu’il avait enduré à son arrivée à Thèbes. Doua, il l’avait certainement côtoyé ainsi que son père durant son enfance. Même les premières années d’Isdès s’étaient déroulées en périphérie de Doua, alors que le commerce suffisait à les nourrir mais pas à immigrer dans des quartiers plus sûrs. Isdès avait connu les railleries des plus grands, les vols à l’arrachée des plus jeunes qui avaient le même âge que lui. Il avait vu la misère tandis qu’il mangeait à sa faim. Lui n’avait longtemps pas compris pourquoi il marchait pieds nus comme son voisin mais qu’au contraire de lui, ses flancs ne laissaient pas apparaitre des côtes meurtries. Tout comme longtemps, il s’était indigné du regard dédaigneux que lui lançaient les clients de son père, qui pourtant, profitaient de son commerce florissant. Isdès connaissait parfaitement les rues de Doua même s’il y avait échappé sitôt qu’il était devenu un homme. Il continuait de la parcourir régulièrement, en dehors de ses horaires de travail, puisque la plupart des personnes qu’il avait à charge exécrait de mettre les pieds là-bas. S’il admirait la témérité de la jeune prêtresse, il craignait que cette qualité ne se soit dans la suffisance et la supériorité sociale. Si Isis veillait sur ces pauvres âmes, elle n’avait encore levé le doigt afin d’abréger leur douleur et de réduire les fossés de classe sociale. C’était aux hommes de se battre et aux dieux de récompenser. Quel était le rôle de la prêtresse dans tout ça ? Le soldat lui en voulut de susciter tant de blasphèmes de sa part, de réveiller des considérations enfouies et des remontrances qui n’étaient pas profitables dans la Thèbes si pieuse dans laquelle il vivait. En ces lieux, il était mieux d’agir sans réfléchir. Voilà le rôle qu’on lui avait confié : se servir de ses yeux pour épier la silhouette, de ses jambes pour la suivre et de son arme pour la protéger. Réfléchir ne faisait pas partie de ses ordres et il était en train de s’égarer.

Lorsqu’elle s’arrêta brutalement, manquant de le bousculer, le pas du soldat se stoppa net. Leurs deux vies tenaient à ses propres réflexes, ainsi évita-t-il de justesse Mérésankh. Intérieurement, il fulmina et n’hésita pas à lui faire comprendre par le regard qu’elle n’avait pas intérêt à reproduire cette erreur. Il y avait déjà suffisamment foule sans qu’elle ne décide elle-même de les handicaper. Isdès s’interrogea également sur la provenance de tant de monnaie. Où se la procurait-elle ? Puisque les prêtresses n’avaient aucun profit à faire de l’argent. Perdu dans ses pensées, il eut tout juste le temps de la voir se fondre dans la foule avant de mêler sa chevelure d’ébène aux têtes semblables d’Egypte. « Par Isis, pourquoi m’envoies-tu une telle fugitive ? » Jura-t-il à voix basse. A son tour, il écartait sans ménagement les gens sur son passage pour retrouver au plus vite la prêtresse avant qu’elle ne s’éclipse au détour d’une ruelle. Chaque rue était aussi exigüe que bondée, ce qui rendait la tâche complexe. On lui jetait des œillades tantôt apeurées, tantôt méprisantes. Il représentait l’ordre comme le pouvoir du pharaon et souvent, cela lui valait de l’incompréhension. Malheureusement pour Mérésankh, elle n’était pas tombée sur le plus stupide des gardes – ni le plus petit. Il se hissa brièvement sur la pointe des pieds, ce qui lui suffit pour voir le bout d’un voile disparaître à la droite. Il contourna par la gauche pour la rejoindre. Si elle était surprise de sa présence, cela peut-être la dissuaderait-elle de s’enfuir à nouveau. Au fond de la rue, Isdès la trouva penchée sur un vieillard dont elle s’occupait avec délicatesse. De son pas d’assassin, il s’approcha d’eux tout en tendant l’oreille. L’ancien, bien plus sage que sa protectrice, lui conseilla de ne pas s’attarder dans certains quartiers qui respiraient la mort. Si seulement elle écoutait la sagesse au lieu de succomber à sa propre bêtise. Mérésankh abandonna son ami et poursuivit sa route. Isdès dut passer devant lui. Le vieillard allongea sa jambe valide devant lui, manquant de faire un croche-pied au garde. Sa cécité l’avait certainement doté d’autres sens aiguisés. L’avait-il vraiment entendu venir ? « N’emprisonne pas l’oiseau, soldat. Ne l’empêche pas de voler mais sécurise son chemin. » Perturbé par ces paroles, il redoubla de rapidité et retrouva bientôt le parfum fleuri de la demoiselle, signe qu’il était de nouveau dans son ombre. Alors qu’elle tendait des morceaux de pain ça et là aux enfants qui s’attroupaient autour d’elle, Isdès s’empara de la galette qu’il abandonna dans les mains d’une mère. De l’autre main, il empoigna fermement le bras de Mérésankh et l’entraîna à l’écart. « Shas. » Siffla-t-il entre ses lèvres, insulte déguisée qui traduisait son agacement. Leur marche les menait instinctivement vers le sous-quartier infecté et Isdès s’arrêta à temps. Il la força à lui faire face, tenant entre ses doigts durs le visage doux de la prêtresse. Il réalisa alors qu’elle était d’une beauté à couper le souffle, de cette pureté physique qu’on n’osait toucher par peur de souiller. Elle était l’incarnation de la prêtresse, médiatrice entre le divin et le commun des mortels. Cependant, il décida de combattre ce trouble et de ne pas la lâcher. Connaissait-elle la dureté du monde ? « Si tu tiens encore à franchir la porte de ton temple, ne recommence jamais. Si tu tiens à conserver ce visage sain, rebrousse chemin. Si tu souhaites sentir ton cœur battre sur un souffle régulier, cesse d’être idiote. » Il referma sa prise sur cette fine mâchoire tandis que dans ses yeux noirs, se lisaient toute l’inquiétude de l’homme. « On ne combat pas la mort, pas plus qu’on ne joue avec. Laisse le trépas faire son œuvre, leurs âmes ne sont plus des nôtres. » Il la libéra enfin avant de désigner son panier d’un geste de la tête. « On finit de distribuer tes vivres et je te raccompagne au temple. Et si tu daignes t’enfuir à nouveau, Shas, c’est comme otage que tu feras la route. »
avatar

Mérésânkh "Nephtys"
déesse protectrice des morts
Je me prénomme Mérésânkh "Nephtys". On me connait plus sous le surnom de : Shas (celle qui esquive) Je suis né(e) il y a : 20 ans dans la charmante ville de : Thèbes Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 26 papyrus. Je suis actuellement : célibataire je vis dans la ville de : Thèbes On me dit souvent que je ressemble à : Shanina Shaik Je dois mon avatar à : moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Sam 13 Juin - 13:11

À L'OMBRE DE NOS ESQUIVES

Nephtys, cette déesse, semblait bien peu se soucier de son soldat, de sa carrure à ses pensées, couvrant les pas des autres créatures parcourant les rues de Thèbes. Elle s’en souciait autant que le scarabée parcourant le désert, ne prêtant que peu d’attention à lui, ne lui accordant pas plus d’un regard tout en achevant son monologue. S’il ne répondait rien, c’est qu’elle devait avoir d’autant plus raison et qu’il le savait. Sa routine, installée depuis plusieurs semaines, ne souffrait aucune dérogation, encore moins celle que pourrait lui instaurer le soldat… Car comme tant d’autres, elle le sèmerait dans les ruelles, irait se jouer de leurs pensées figées. Elle excellait dans l’art de se dérober, se cacher… Des siècles d’entrainement à se cacher de son époux, le malavisé Seth. Oui, sans doute le soldat penserait-il qu’elle était bien trop vertueuse, bien trop soucieuse pour passer par les ruelles les plus étranges, mais celles-là, la jeune prêtresse les avait foulés bien plus d’une fois, jamais une de trop, par la terre ou par les airs. Elle en connaissait les méandres par cœur, serait sans nul doute capable de s’y retrouver les yeux clos. C’était de toute évidence dans ces zones d’ombre que la déesse se sentait le plus en sécurité. N’était-elle pas, après tout, la déesse de l’obscurité et de l’étrange ? Fuir le brouhaha de la ville devenait indispensable, tandis que ses doigts relâchaient les pièces dans les mains des marchands. Étrange prêtresse bien riche. Et pourtant, si l’homme l’accompagnant venait à lui poser la question sur la provenance de ces pièces sonnantes, nul doute qu’elle lui répondrait par la plus honnête des franchises. Aucun dieu ne tolérait que l’on s’enrichisse sur leur dos, Nephtys encore moins, et elle savait qu’Isis, sa jumelle, ne saurait non plus le tolérer. Au diable les prêtres et leurs beaux atours, à la genèse, ils n’étaient rien de moins que de va-nu-pieds ! Mais voilà qu’elle sème son beau soldat, non sans un sourire moqueur sur les lèvres. Il n’aura pas tenu plus de quelques minutes celui-là, à croire que plus ils sont grands et bien taillés, plus ils sont stupides. Une véracité qu’elle était en train de suggérer, s’évadant telle une voleuse, sans jamais accélérer le pas pourtant, jouant de ruse et de moqueries. Au mieux le retrouverait-elle à l’entrée du temple, lorsqu’elle déciderait de rentrer, le sourire sur les lèvres quand son regard à lui se ferait assassin. Elle pouvait sans nul doute gérer cet inconfort. Que pourrait-il lui faire de toute évidence ? Il n’était pas autorisé à la toucher, et au mieux, la grande prêtresse lui interdirait de sortir pendant quelques jours. Pourtant, aucun mur n’était assez grand pour empêcher l’insouciante de s’évader. Ni aujourd’hui, ni même demain.

Alors l’insouciante suivit sa routine au chemin près, s’arrêtant ci-et-là, distribuant les quelques victuailles achetées, écoutant les plaintes des mères, les exploits des petits. Elle aimait se retrouver là, là où personne ne pouvait réellement la juger. Ces pauvres hères pouvaient vivre longtemps, comme ils pouvaient ne pas survivre à une nuit de plus à crier famine et inconfort. Combien de fois avait-elle assisté au trépas trop précoce d’un enfant ? Ces âmes-là, elle veillait jalousement dessus, accordant un passage sécurisé vers le royaume d’Osiris. Protectrice des morts, telle était sa tâche, son rôle et son appellation. Eux seuls comprenaient qui elle était lorsque l’étincelle de vie commençait à déserter leur frêle enveloppe corporelle. Pourtant, si elle vénérait ses âmes, elle aimait d’autant plus les vivants, s’agenouillant dans un cercle d’enfants, écoutant les babillages incessants de ces derniers, exploits, délation, secrets en tout genre. Ce n’était que parce qu’ils savaient qui elle était et pourquoi elle venait dans ce quartier qu’ils en avaient fait l’une des leurs, trouvant une récompense certaine dans un de ses sourires ou lorsqu’elle partageait un fruit entre eux, grondant les plus téméraires et encourageant les plus sages. Oh oui, Mérésânkh aimait les enfants, autant que la vie elle-même. Elle n’avait put s’occuper du sien dans son autre vie, se rattrapant dans celle-ci. Et alors qu’elle écoutait l’histoire d’un jeune adolescent en devenir, elle eut tout le loisir d’observer l’étincelle de surprise dans son regard, avant que la bouche cesse de déblatérer tout son. Il n’y avait que peu de choses pouvant impressionner le jeune garçon. Hélas ! Elle n’eut pas même le temps de se retourner pour voir ce qu’il se passait que son épiderme se hérissa, tandis qu’une main inconnue l’obligeait à se redresser. Avait-elle peur ? Nullement. Elle pouvait sentir le danger d’une telle poigne, sans craindre pour autant pour sa propre vie. Elle n’était pas qu’une déesse protectrice, elle était aussi l’assaillante, prête à utiliser le souffle de son feu pour anéantir l’ennemi si besoin était. Son assaillant ne vivrait pas une heure de plus. Double hélas pourtant ! Alors que son regard de jade se porte enfin sur le visage de l’impudent, et que les enfants s’évadent autour d’eux. Ses prunelles s’écarquillent, le temps de digérer sa surprise, mais ses jambes ne peuvent que suivre la colère personnifiée. Comment a t’il put la retrouver aussi rapidement ? Elle ne daigna pas même répondre à l’insulte, ou l’honneur qu’il lui lançait au visage. Elle en avait entendu de bien moins jolies après tout. Et quand enfin le soldat daigna s’arrêter, ce ne fut que pour fait mont de brutalité une fois de plus, rustre au possible, s’accordant le privilège de la toucher plus que nécessaire. Elle pouvait sentir ses doigts sur la peau de son visage, coinçant son menton de sorte qu’elle ne puisse se dérober à son regard. Téméraire et fidèle à elle-même, Nephtys montra les dents, durcit son regard dans lequel les flammes de la colère pouvaient danser sans peine. Elle n’aimait pas qu’on la touche de la sorte, ni même qu’on l’accule. Il ne lui restait qu’un bras pour se dégager de l’emprise du soldat, tentant déjà de s’en défaire, glissant ses doigts sur son poignet féroce. Qu’il lâche son visage et peut-être daignerait-elle l’écouter. Sans succès pourtant, alors que ses ongles étaient en train de se figer dans sa peau. À ses oreilles bourdonnait la menace de son gardien, qu’elle n’écouta que distraitement. À quoi bon l’écouter ? Elle était une déesse, il n’y avait qu’un autre dieu pour la blesser réellement. Et sans doute parce qu’il se rendait compte qu’elle ne l’écoutait pas referma t’il plus encore sa prise, l’obligeant à en faire de même, griffes s’installant plus profondément dans la chair de son vis-à-vis. Elle le haïssait déjà, par ses actes et ses paroles. On aurait put entendre Seth parler, charognard jusqu’à la langue. Cette simple pensée suffit à lui donner plus d’hardiesse, se dégageant de son geôlier, non sans lui asséner une gifle reflétant toute l’indignation féminine. Elle était une prêtresse, une créature intouchable, une vierge promise aux dieux, et il avait osé ! Voilà l’image que devait refléter Mérésânkh, quand en vérité, Nephtys, se vengeait de l’affront de ses paroles. Il devait être naïf pour penser qu’elle ne se rendrait pas là-bas. Et pourtant ! Il continuait de lui donner des ordres, la confondant certainement avec un de ses compagnons ! Oh téméraire déesse ! « Non. » Non ? Non, elle ne rentrerait pas au temple parce qu’il l’avait décidé. Sa routine n’était pas achevée. « Distribuer de la nourriture n’est pas mon unique fonction. Je dois passer à la maison des plaisirs et pratiquer certains arts que toi, homme, est incapable de concevoir. D’autre part, l’une de ces créatures devrait accoucher d’un moment à un autre, et je dois être capable de juger quand. Et si c’est pour aujourd’hui, attends-toi à passer ta nuit à mes côtés, auquel cas, tu es libéré de ton engagement, je rentrerai seule. J’ai semé suffisamment de tes compagnons d’armes pour prouver que je n’ai pas besoin de toi. » Il voulait prouver qu’il avait du caractère ? Elle en avait tout autant, le défiant bien naturellement par sa menace. Qu’il tente donc de la ramener de force au temple, et nul doute qu’elle couperait sa barbe sans l’ombre d’un remord. 
avatar

Isdès
fils de Néhésy
Je me prénomme Isdès. On me connait plus sous le surnom de : Khaibit (l'ombre). Je suis né(e) il y a : 31 ans dans la charmante ville de : Thèbes. Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 64 papyrus. Je suis actuellement : célibataire, je vis dans la ville de : Thèbes. On me dit souvent que je ressemble à : Jason Momoa. Je dois mon avatar à : Arté.

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Sam 27 Juin - 23:15


à l'ombre de nos esquives

Mérésankh ne supportait pas cette prise patriarcale. Isdès lisait dans ses yeux clairs ô combien elle le détestait à cet instant. Si elle avait su semer et rendre furieux bien des gardes avant lui, certainement aucun d’eux ne s’était permis de lui faire comprendre son affront. Ils s’étaient résolus à abandonner, à baisser les armes – un comble pour un soldat de la garde. La prêtresse avait fui l’ombre de plus d’un homme. Elle avait refusé leur charme, leur emprise, leur tutelle envahissante. Bien entendu qu’elle exécrait la frontière que venait de franchir Isdès. Il avait beau être un soldat obéissant, véritable produit de l’Egypte pharaonique, il n’en perdait pas de son impulsivité. Il continuait de cultiver cette aura sauvage, ce soupçon de rébellion qui faisait de lui un assassin parfait. Il revêtait à la perfection cet habit de respect et de docilité pour mieux dissimuler ces desseins les plus sombres. Il fallait croire que la prêtresse savait faire ressortir le naturel en lui. Jamais il ne se serait permis de toucher une autre prêtresse, quand bien même elle l’aurait poussé à bout. Elle n’aurait pas su toucher la corde sensible, attiser l’animalité en lui comme le faisait Mérésânkh. Il ignorait les raisons d’un tel trouble, pourquoi diable ressentait-il le besoin de la protéger d’abord, mais aussi de l’assouvir au joug de sa paume large ? Pourquoi critiquait-il sa fuite alors qu’il s’était retrouvé stimulé par cette disparition ? Sa poigne conquérante lui démontrait qu’elle n’avait pas intérêt à recommencer alors que son cœur battant, lui, réclamait l’adrénaline de nouveau. Serait-elle capable de lui donner à nouveau cette excitation de la colère ? Tout autant qu’il n’avouerait jamais qu’elle lui avait finalement échappé après quelques minutes de promenade, elle n’irait jamais confessée qu’elle s’était fait attraper pour la première fois. C’était un pacte malsain qui se scellait là tandis qu’Isdès continuait de repousser les limites du respect entre la représentante divine et le commun des mortels. L’un comme l’autre rejetait l’échec et c’était une course à la domination qui démarrait là. Mérésânkh avait donné le top départ et Isdès comptait bien tenir la distance. A travers ses menaces, il asseyait son autorité puis lui montrait qu’il avait les armes à son tour pour se défendre. La priver de ce qu’elle chérissait plus que tout – côtoyer les autres et se fondre au sein d’eux afin de récolter un peu de leur misère. Un être tel qu’elle ne saurait jamais succomber à la misère. Elle était bien trop belle pour ça.

Un simple mot pour exprimer son refus et Isdès réprima presque un sourire satisfait. Elle n’était pas comme les autres prêtresses. On avait beau disposer des mêmes outils exercés sur ses dociles compagnes, Mérésânkh ne semblait pas bâtie du même matériau. Ses traits doux semblaient emprunts d’une insolence à peine voilée. Ses cheveux soyeux rappelaient l’onyx noire  que son père avait tant de mal à tailler selon la forme désirée. Ses courbes n’étaient pas plantureuses mais c’était pourtant ce corps presque adolescent qui mettait en valeur sa féminité. Tout en elle reflétait la contradiction, c’était peut-être ce qui faisait d’elle une des prêtresses les plus précieuses du temple d’Isis. L’homme ne flancha pas quand il sentit ses doigts se refermer sur son poignet, dans l’intention rageuse de se débarrasser de cette étreinte forcée. Il aurait pu supporter des heures durant ses ongles s’enfoncer dans sa peau. La douleur physique ne le fragilisait que peu. N’importe quelle douleur importait peu quand son être entier était en proie à la douleur morale chaque jour. Il comprit enfin que son geste était mal interprété quand il distingua de part et d’autre de lui, des regards incompréhensifs voire outrés. On ne touchait pas une prêtresse, voilà ce que les apparences dictaient et à regrets, il finit par laisser retomber sa main. Ses doigts s’agitèrent lentement dans le vide, comme à la recherche de ce geste passé. Le regard obscur d’Isdès ne quitta pas celui de la jeune femme qui avait décidé de rappeler son importance en ces lieux. Son devoir n’était pas ici, il en était toujours persuadé. « Il y a des sages-femmes pour ça, des prêtresses dont c’est le devoir. Comment pourrais-tu aider des femmes à concevoir alors que toi tu ne connaitras visiblement même pas les arts qui permettent un tel enfantement ? » Un nouveau manque de respect qu’il ne regrettait même pas. Les prêtresses étaient destinées au célibat, certains mourraient sans avoir connu l’amour et ses mille plaisirs. Une vérité qui réconfortait parfois Isdès quant à ces craintes à propos de Téti. Il était possessif et inconsciemment, elle se manifesta maintenant. « Je ne suis libéré de rien. Toi non plus. Je serai ton ombre même dans la nuit. » Il recula enfin de quelques pas pour l’inciter à continuer sa tournée. Que pouvait-il bien objecter ? Il ne pouvait pas risquer la vie d’une courtisane, d’une femme esclave du plaisir du masculin, parce qu’il l’avait décidé. Elle venait de le mettre face à sa propre moralité qui demeurait malgré tout de bonne consistance. Mérésânkh s’était de nouveau engagée dans la ruelle, devant lui. Comme promis, il était son ombre. Désormais, son pas s’alignait presque au sien. Elle pouvait presque sentir son souffle sur le haut de son crâne, entendre le bruit de son khepesh cogner contre sa ceinture de cuir. En un mouvement, il pouvait attraper sa taille et l’empêcher de fuir à nouveau. En un mouvement, il pouvait recréer ce contact électrisant et interdit de l’intouchable et de l’indiscipliné.

Leur arrivée à la maison des plaisirs suscita la méfiance. Les hommes, ici, n’étaient autorisés qu’à condition de payer l’entrée et les services qui allaient de paire. Combien de soldats avaient profité de la situation pour s’offrir des plaisirs pour lesquels ils n’avaient pas payé ? Ils se présentèrent à une porte dérobée, à l’opposée de l’entrée des clients. La présence d’une telle prêtresse en ces lieux éveillerait les soupçons des pratiques qui n’étaient inconnues de personne mais tues de tous pour le bien de l’établissement. La gérante du bordel le toisa d’un regard peu accueillant, prête à le refouler pour le moindre geste de travers. Isdès n’était pas mal à l’aise, il trouva bon néanmoins de murmurer à l’oreille de sa protégée. « Je ne suis pas le bienvenu ici. » Espérons qu’elle ait de la patience et qu’elle ne soit pas embarrassée par ce qu’elle allait faire en ces lieux secrets. Il allait assister à chacune de ses interventions.
avatar

Mérésânkh "Nephtys"
déesse protectrice des morts
Je me prénomme Mérésânkh "Nephtys". On me connait plus sous le surnom de : Shas (celle qui esquive) Je suis né(e) il y a : 20 ans dans la charmante ville de : Thèbes Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 26 papyrus. Je suis actuellement : célibataire je vis dans la ville de : Thèbes On me dit souvent que je ressemble à : Shanina Shaik Je dois mon avatar à : moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Lun 29 Juin - 10:52

À L'OMBRE DE NOS ESQUIVES

Nephtys, créature insoupçonnée, ne rêvait que de brûler d’un feu capable de ravages. La colère, intense, pétillait en son regard de jade, ne dévoilant pourtant jamais la réelle identité de la déesse. Le contrôle était ultime, jusqu’à la moindre parcelle de peau, jusqu’au plus caché des cheveux : elle ne pouvait se défaire de cette identité sans attirer les soupçons, pas plus qu’elle ne pouvait punir le soldat pour le geste qu’il venait d’oser. Si elle libérait son feu sacré, l’homme ne survivrait pas, ce qui entrainerait un tas de questions inconfortables. Elle ne pouvait que se contenter des maigres défenses de ce corps mortel, ses ongles déchirant la chair en une douleur certainement infime, pratiquement inutile face à un soldat de sa trempe. Furieuse et pourtant surprise, car jusqu’alors, personne n’avait osé la toucher comme il venait de le faire. Tous avaient peur des retombées de la déesse. Chacun craignait une quelconque malédiction de celle qui protégeait les femmes et les enfants, plus particulièrement ses prêtresses. Elle ne pouvait qu’affronter du regard son opposant, lui clamer fièrement qu’elle n’était, ne serait pas comme les autres prêtresses, délicate et obéissante. Elle ne l’était pas. La grande prêtresse l’avait comprit à l’instant même où elle était arrivée dans le temple. Mérésânkh dégageait une aura particulière, qu’Isdès venait bien malgré lui d’éveiller. Le défi lancé, elle ferait tout pour gagner, pour le semer dans les rues. Elle devrait seulement faire preuve de plus de ruses, de plus d’efforts pour le semer. Jusqu’à présent, elle n’avait triché, n’utilisant jamais ses pouvoirs pour se dérober de la surveillance de ses gardes. Il lui serait pourtant facile de se changer en milan et de voler jusqu’au temple… Pourtant, nul doute que ce ne serait-là qu’un dernier recours, la tricherie suprême pour remporter la victoire. Alors le sourire de triomphe serait des plus abjects. Mais pas encore, pas tant qu’elle ne devinait de quel bois était fait le soldat.

Pourtant, il lui fallait déjà se dégager de la poigne d’Isdès, dont la paume commençait à lui brûler le poignet, l’embarrasser plus encore. Personne n’était autorisé à toucher une prêtresse, pas de la sorte. Cela pouvait laisser à interprétation, d’un genre que même elle ne souhaitait pas être associée. Il finit par lâcher, enfin, lui laissant tout loisir de frotter son poignet endolori par sa poigne. Elle recula bien de trois pas, instaurant une distance nécessaire entre elle et lui, et qu’elle souhaitait qu’il respecte. Le géant était impudent, trop engagé. Cette simple pensée suffit à lui confirmer qu’il serait désormais difficile de lui échapper. Et pourtant ! Quel défi alléchant ! Elle ne put que plisser le nez face à sa remarque, agacée visiblement par son attitude. Ciel qu’il l’exaspérait ! Quelque part, il avait raison, mais Nephtys avait suffisamment assisté durant les accouchements pour connaître toutes les méthodes afin d’aider au mieux la mère en devenir. Un secret qu’elle ne pouvait hélas avouer. Et pourtant, elle balaya sa remarque d’un geste de main. « Le premier regard est souvent trompeur soldat. Je suis parfaitement à même d’aider une femme à accoucher. » Quant au reste, elle ne pouvait rien en dire, secret qu’elle se devait de garder. Mais lorsqu’il jura de la suivre même dans la nuit, elle ne put s’empêcher de gronder, levant les mains au ciel pour supplier un quelconque dieu d’en haut de la sortir de cette situation. « Par les dieux d’en haut et d’en bas, ne peux-tu pas être comme n’importe quel soldat simplet ? » jura t’elle enfin, reprenant sa marche dans le sens de leur arrivée, délaissant momentanément le quartier conjuré. Et cette fois, nulle échappatoire, tandis qu’elle pouvait sentir son souffle sur sa nuque, sa présence bien trop proche. Risquait-elle un pas sur le côté qu’elle savait qu’il la rattraperait immédiatement, reposant de nouveau ses mains sur elle. Un contact trop déroutant. « Apis serait heureux de voir un congénère rôder dans les rues. Tu fais autant de bruit que lui ! » Lâcha t’elle finalement, mécontente et vexée, avant de tourner dans la ruelle la plus proche, manquant de peu de se faire renverser par un homme déjà ivre. Elle s’arrêta subitement, pour échapper au toucher de ce dernier, ne pouvant hélas contourner celui de son garde, dont le torse vint frapper son dos avec suffisamment de vigueur pour la bousculer. En profita t’elle pour voler quelque chose ? Assurément. Pourtant, elle se contenta de claquer la langue d’agacement, avant de reprendre sa marche.

Quand enfin ils arrivèrent à la maison des plaisirs, la maquerelle principale ne put s’empêcher de l’accueillir avec un sourire poli, néanmoins impatient. Elle était souvent attendue, seule et unique prêtresse acceptant de rester plus longtemps dans ce lieu que toute femme haïssait. Hélas, le plus clair du temps, elle était seule, alors qu’en cette journée, un soldat, et pas des moindres, l’accompagnait. Elle ne put qu’hausser les épaules. Elle savait que bien des femmes tenteraient de l’approcher, de le tenter. Elle ne pouvait leur en vouloir, s’en délecterait même certainement. Les paroles de son protecteur lui arrachèrent pourtant un sourire amusé, sans quelle ne daigne se retourner sur lui. « Attends quelques minutes, je suis certaine que tu trouveras ton bonheur. » laissa t’elle entendre, avant de se retourner vivement sur son nom prononcé jovialement. Comme elle l’avait prédit, elle était attendue, et une jeune femme de son âge parvint jusqu’à elle, le ventre en avant, prête à donner la vie à tout instant. Il ne fallut pas quelques secondes de plus avant que la prostituée ne se jette dans ses bras, l’enserrant suffisamment pour prouver combien la prêtresse était appréciée ici. « Je suis tellement contente que tu sois là ! Par Isis, dis-moi que mon calvaire est bientôt terminé ! Je n’en peux plus, je ressemble à une vache, mes pieds sont douloureux et il n’arrête pas de bouger ! » Un éclat de rire franchit les lèvres de Nephtys, habituée autrefois à entendre ces paroles. Combien de femmes avait-elle entendu geindre une fois arrivée au terme ? « Je suis moi aussi, heureuse de te voir Isiokîs. Attends-moi dans ta chambre, je te rejoins dès que j’ai terminé. » Terminé quoi ? L’inspection de toutes ces créatures. Il n’y avait pas que cela pourtant, il lui fallait en purifier beaucoup, un travail qui n’était pas toujours agréable, qu’elle faisait pourtant pour éviter à des nouveaux-nés d’être abandonnés dans la rue. Elle se tourna enfin vers son soldat, que de jeunes femmes tentaient déjà. Elle ne put que lui offrir un sourire satisfait, narquois, synonyme d’un je te l’avais bien dit et d’un tu vois, JE suis attendue ici. Pourtant, elle sut à l’instant même où elle grimpa les premières marches, que son soldat n’allait pas la quitter d’une semelle. « Tu n’aimeras pas ce que tu vas voir. » finit-elle par glisser, avertissement donné.

avatar

Isdès
fils de Néhésy
Je me prénomme Isdès. On me connait plus sous le surnom de : Khaibit (l'ombre). Je suis né(e) il y a : 31 ans dans la charmante ville de : Thèbes. Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 64 papyrus. Je suis actuellement : célibataire, je vis dans la ville de : Thèbes. On me dit souvent que je ressemble à : Jason Momoa. Je dois mon avatar à : Arté.

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Ven 3 Juil - 0:34


à l'ombre de nos esquives

Sur la route vers la maison des plaisirs de Thèbes, Isdès prit soin de relever le seul compliment – peut-être même la seule chose agréable – qui était sorti des lèvres pulpeuses de la prêtresse. Depuis qu’ils s’étaient mis en route, qu’ils erraient dans chaque ruelle, à travers chaque quartier de la cité, Mérésânkh n’avait cesse de lui rappeler son ingratitude. Elle se moquait bien d’être protégée. Cherchait-elle l’enlèvement, la fuite éternelle du temple ? Le soldat en doutait, au regard de l’application de la jeune femme à remplir chacun de ses devoirs, et plus encore. Elle semblait si parfaite dans le rôle qu’on avait modelé pour elle qu’elle en transpirait la malhonnêteté. Elle dissimulait quelque chose. A vrai dire, elle était comme toutes les âmes égyptiennes. Quand l’un ne préservait pas un secret inavouable, l’autre taisait des ambitions dangereuses. Le passé comme l’avenir avaient des répercussions considérables dans leur vie et l’on finissait toujours par souffrir de l’un ou de l’autre. Pour Isdès, c’était le passé. Des souvenirs tantôt incommodants, tantôt cauchemardesques, hantaient tout sommeil et toute nuit. Dès que Râ privait Thèbes de sa lumière, les crimes d’Isdès prenaient à nouveau son esprit en otage. En ce qui concernait la jolie brune, il aimait à croire que son passé comme son avenir ne correspondaient pas à l’image immaculée qu’elle renvoyait. Expiait-elle des fautes ? Se gardait-elle d’en commettre ? Mérésânkh avait raison. Isdès n’était pas simplet. Du moins, il gardait l’œil partout. Il tendait l’oreille, mordait sa langue et réprimait ses grandes paumes plates. Il n’était pas esclave de ses sens, perceptions instinctives de l’homme. Il ne se laissait pas duper par les apparences et son environnement. C’était là la qualité qu’on exigeait d’un assassin – la qualité première que son grand-père avait toujours privilégié : la méfiance. Si les sens, les capacités, l’intelligence séparait l’homme supérieur de la race animale, il ne fallait pas s’en accommoder. Il fallait toujours les remettre en question, s’en servir et s’en débarrasser si besoin est. Il n’était pas rare de voir des assassins en formation se bander les yeux des semaines durant ou bien de se priver de l’ouïe. Là reposaient les armes inexploitées d’un homme qui mourrait à l’âge que les dieux auraient choisi pour lui.

Si telle était le critère pour représenter la menace pour la jeune prêtresse, alors Isdès continuerait de ne pas se montrer idiot. Il pouvait lui prouver encore et encore combien il était attentif. Ses iris noires ne quitteraient plus sa silhouette, son pas s’accorderait au sien et leurs ombres ne feraient plus qu’une. Chaque mètre que Mérésânkh parcourrait lors de cette journée serait appuyé par la présence lourde du soldat borné. Elle ne se fit pas prier pour comparer ses mouvements à ceux d’Apis – dieu taureau. Comme lui il exhibait sa virilité, comme lui son poitrail était recouvert de marques qui le distinguaient de n’importe quel autre homme. Elle ne l’avait pas vexé au contraire. « Nous avons peut-être quelque chose en commun alors puisque tu sers une de ses représentations maternelles. » Apis était un dieu mineur mais vénéré avec tout autant d’ardeur par Isdès. Avait-elle lu en lui ? Déjà tout petit, Isdès portait un intérêt certain aux buffles et autres bovidés qui peuplaient les plaines de Thèbes. Il était fasciné par leur démonstration de force, par leur prestance physique. Un pressentiment d’appartenance probablement puisqu’ensuite, le jeune garçon s’était mué en un adolescent d’une taille anormale puis en un adulte d’une carrure inhabituelle. Sa mère avait déjà plaisanté sur cette coïncidence, laissant supposer que son fils pouvait être une réincarnation du dieu. De jolies berceuses fictives qui avaient appris l’acceptation de soi à Isdès.

C’est pourquoi lorsqu’ils pénétrèrent par la petite porte dérobée du bordel, il sentit aussitôt qu’il n’était pas à sa place. Pour être franc, Isdès n’avait que rarement fréquenté la maison des plaisirs. L’idée de payer pour assouvir ses besoins le rebutait alors que des femmes, mariées ou non, riches comme désœuvrées, n’attendaient que d’être séduites. Qu’importe le plaisir éphémère, elles recherchaient l’échappatoire à leur ennui et le soldat, réticent à tout engagement, se contentait d’être le sauveur de ses dames. Comme Mérésânkh venait de lui prédire, des attentions et des créatures vinrent bientôt l’aborder. Brièvement, il leur accorda une poignée de secondes avant que son regard ne finisse par rejoindre la silhouette de la prêtresse. Celle-ci était en conversation animée avec une concubine, visiblement proche de son terme. Peu à peu, Isdès sentit quelques mains caressantes effleurer ses épaules, ses bras, son dos. Trois jeunes filles, pas plus vieilles que la demoiselle qu’il chaperonnait, s’étaient mises en tête d’alpaguer le soldat vers la perspective du plaisir à plusieurs. Elles étaient sans doute envoyées par la matrone dont le visage semblait s’être déridé quand elle aperçut la cordelette d’une bourse dépassant de sa ceinture. Et pourtant les prostituées ne paraissaient être que des brises sur la peau d’Isdès qui ne s’éloignait pas de son paquet, son salaire, son devoir comme il aimait à le croire. Quand les lèvres de Mérésânkh lui offrirent un sourire orgueilleux et goguenard, il l’imita presque. Il abandonna les mains concupiscentes pour la suivre tandis qu’elle montait un escalier qui mènerait à des tableaux moins glorieux. « Je n’en ai que faire. » Lui répondit-il, sur le même ton. Il endurerait ce qu’elle endurerait, il étudierait chacun de ses gestes. Se pourrait-il qu’elle lui donne ansi la force de supporter ce qu’il allait voir. Il n’eut pas tellement le temps de s’interroger puisqu’à l’étage, sa présence fut bien moins accueillie. Les femmes se dérobaient à lui, se couvraient le corps comme par pudeur. A l’étage, elles ne travaillaient pas. Ici, c’était leurs quartiers, le seul endroit de leur demeure où leurs corps n’appartenaient qu’à elles seules. Isdès comprit alors que Mérésânkh ne pourrait rien accomplir sans son absence et quand elle lui suggéra de demeurer à la porte, il émit un grognement féroce. « Ne t’avise pas, shas. » Pourquoi obéissait-il ? Pourquoi stoppa-t-il ici son exploration de la maisonnée, s’appuyant contre le mur de la chambrée collective ? Elle allait le rouler, une fois de plus.
avatar

Mérésânkh "Nephtys"
déesse protectrice des morts
Je me prénomme Mérésânkh "Nephtys". On me connait plus sous le surnom de : Shas (celle qui esquive) Je suis né(e) il y a : 20 ans dans la charmante ville de : Thèbes Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 26 papyrus. Je suis actuellement : célibataire je vis dans la ville de : Thèbes On me dit souvent que je ressemble à : Shanina Shaik Je dois mon avatar à : moi-même

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Ven 3 Juil - 15:03

À L'OMBRE DE NOS ESQUIVES

Releva t’elle la remarque de son garde du corps ? Non. Mérésânkh garda les lèvres closes, plissant seulement les paupières face à sa répartie. Elle n’avait pas vu en Apis le dieu de la fertilité, mais bel et bien son côté bestial, son incapacité à être une divinité silencieuse. Elle se contenta dès lors d’hausser les épaules, avant de repasser le voile sur sa chevelure ténébreuse. Elle ne prit pas la peine de répondre. Nephtys ne servait pas Isis, elle se contentait d’expier ses fautes, d’alléger le fardeau de sa jumelle, délaissant son propre rôle dans ce but. Si le désir de purifier son âme n’avait été tel, elle aurait trouvé une place près de pharaon, afin de le protéger, car tel était l’un de ses devoirs. Il lui fallait protéger l’étoile du matin et du soir, veiller à son bien être et dévorer par son souffle brulant tous ses ennemis. Mais le voile de la prêtresse lui allait bien mieux, tout autant que les tâches qui accompagnaient ce titre. Elle appréciait cette aide à apporter, y retrouvait la seconde face de son visage. Guérir les maux était un don qu’elle possédait depuis longtemps, qu’elle mettait au service de toute créature blessée, les femmes bien plus encore. Aussi la déesse ne prit pas la peine de répondre, continuant sa marche sans laisser percevoir aux autres qu’elle détestait la présence du garde dans son dos. Réfléchissait-elle à un nouveau plan pour lui échapper ? Pour sûr. Sa fierté en avait prit un coup, elle ne pouvait laisser l’homme gagner cette partie. Jusqu’à présent, nul n’avait parcourut plus de 100 mètres à ses côtés. Lui avait tenu bien plus, la retrouvant quand elle pensait l’avoir perdu. Il lui fallait mettre au point une autre stratégie. Elle ne pouvait partir en courant, qu’elle pressentait déjà qu’il la rattraperait tout aussi rapidement, un écart sur le côté, et sa poigne serait telle qu’elle étoufferait contre son torse. Maudits soient les géants ! Il lui fallait espérer que les créatures résidants à la Maison des Plaisirs seraient bien plus capables qu’elle à occuper le soldat et le garder captifs de leurs charmes…

Elle n’eut pas besoin d’attendre longtemps avant que les jeunes femmes se jettent sur lui. Bel homme, viril certainement en tout point, elle n’irait pas vérifier, il fallait être idiote pour passer à côté d’une telle proie. Elle se sentait pourtant légèrement honteuse de laisser ses protégées dans les mains d’un homme tel que lui. Elle ne pouvait que l’imaginer aussi brutal et dur que sa carrure. Laquelle d’entre elle devrait-elle soigner demain ? Un frisson parcourut son échine avant qu’elle ne plante son regard dans le soldat. Elle ne répondit à son regard que par cette ironie teintée de victoire. D’ici quelques minutes, il serait trop occupé pour la surveiller, et elle pourrait le fuir une fois de plus. Et pourtant ! Quelle ne fut pas son désarroi lorsqu’il se débarrassa des concubines comme on se protège du vent, imposant de nouveau son pas au sien. Serrant les dents, elle accueillit sa répartie avec une amère sensation de défaite, mais aussi d’inquiétude. Elle ne pouvait le laisser l’accompagner dans la chambrée commune. Pas parce qu’elle voulait fuir, mais parce qu’elle craignait les réactions de ses protégées lorsqu’elles comprendraient qu’il assisterait à leur purification, leurs avortements forcés. Cela même, Nephtys ne pouvait le concevoir. C’était un secret de femmes, une tradition silencieuse qu’aucun homme ne pouvait comprendre. Elle n’eut pourtant pas à bouger les lèvres pour que le soldat comprenne, les agnelles montrant clairement leurs réticences. Il n’était pas le bienvenu, il avait raison. Quand ils arrivèrent enfin à la porte, où bien des jeunes femmes l’attendaient avec inquiétude, elle finit par s’adoucir, confiant son sac à l’une d’entre elle, non sans donner d’ores et déjà quelques instructions. Il lui fallait de l’eau, comme toujours. « Je ne peux pas te laisser entrer. » glissa t’elle enfin à son garde, gardant pour elle un visage aussi fermé que le regard dur. Il comprendrait, la gravité était quelque chose que tous pouvaient comprendre. « Je ne peux que te suggérer de passer du bon temps en bas. Je vais en avoir pour une heure minimum, si tout se passe bien. » Mais cela ne se passait jamais bien. Elle le savait aussi bien que les femmes à la vertu perdue. Elle se contenta seulement d’hausser les épaules à sa réplique, comme si elle en avait quelque chose à faire, avant de fermer la porte derrière elle. Le plus dur allait désormais commencer…

Trois d’entre elles étaient enceintes. La pire nouvelle qu’on pouvait leur annoncer, et aucune ne pouvait se permettre de le garder. Depuis qu’elle était arrivée, Nephtys avait sut éviter un triste destin à ces femmes de plaisir, il était évident qu’elle continuerait, laissant les jeunes femmes se morfondre dans leur coin pendant qu’elle purifiait les autres. Il lui fallait les nettoyer de l’intérieur, interrompre toute vie avant qu’elle ne commence, se salissant les mains autant qu’elle provoquait de gémissements d’inconfort. Durant ces rares instants, ce n’était pas Isis que l’on implorait, mais elle, Nephtys, la protectrice, la guérisseuse. C’était à elle que l’on confiait les vies avortées, les morts désirées. C’était une amulette à son effigie que l’on serrait contre sa poitrine, renforçant une foi que l’on aurait put croire perdue. C’était un moment toujours émouvant pour la déesse qui haïssait pourtant ce contexte-ci. Et lorsqu’elle fut certaine d’avoir débarrassée le corps des parasites des hommes, elle se consacra à ces mères qui ne désiraient pas l’être. La décoction qu’elle préparait serait la pire qu’elle boirait jamais, celle qui les plierait en quatre et détruirait un peu plus leur utérus. Hélas, que pouvait-elle faire de plus ? Rien. Ce travail était tout ce que ces femmes possédaient. Les prêtres ne voudraient jamais d’elles dans leurs temples, quand elle savait que ses comparses et elle-même se moquaient éperdument de la virginité de ces prêtresses. Il n’y avait que l’Homme pour tenir de telles sornettes. La pureté venait du cœur, pas du corps. Lassée, elle quitta la chambre principale pour se diriger vers une autre chambre, plus petite et plus isolée. Isdès n’était pas là, ayant certainement suivit son conseil. C’était un souci en moins.

Isiokîs l’attendait de pieds fermes, se réjouissant manifestement de la venue de la prêtresse. Mérésânkh était arrivée bien trop tard pour empêcher la grossesse, mais elle savait déjà ce qu’il adviendrait de l’enfant. S’il s’agissait d’une fille, elle savait qu’elle pourrait la récupérer plus tard pour la mener au temple, car tel était le désir de la jeune mère. S’il s’agissait d’un garçon en revanche, la tâche serait bien plus ardue, mais elle ne doutait pas de trouver une famille prête à s’en occuper. Les enfants ne devaient jamais payer pour les actes des parents. Palpant le ventre de la mère et glissant ses mains dans un endroit plus intime, la jeune prêtresse hocha finalement la tête, avant de donner son verdict. « Moins d’une semaine. Est-ce que tu es prête ? » La réponse fut plus ou moins positive, bien plus des inquiétudes, de toute évidence. Se lavant les mains, la prêtresse finit par enfin dévoiler son plan à la jeune femme. Elle ne pouvait repartir par les escaliers, pas si elle voulait éviter Isdès. Il lui fallait passer par la fenêtre. Une aventure au goût de la jeune mère, qui déjà s’évertuait à aider du mieux qu’elle pouvait sa prêtresse. Une aventure oui, alors que Mérésânkh descendait déjà par la fenêtre, aidée par les draps. À elle la liberté ! Pourtant, les mains qui vinrent s’emparer de sa taille l’obligèrent à lâcher cette idée autant que sa prise. Elle ne put s’empêcher de lâcher un cri effrayé alors qu’alerté par le cri, sa bienfaitrice se penchant par la fenêtre, éclatant d’un rire sonore. Ce simple son indiqua à la prêtresse qu’Isdès était son ravisseur, et le contact de son corps contre le sien le lui confirma dans un accès de rage, alors qu’elle cherchait déjà à se débattre. « Vas-tu me lâcher espèce de buffle arrogant !! »
avatar

Isdès
fils de Néhésy
Je me prénomme Isdès. On me connait plus sous le surnom de : Khaibit (l'ombre). Je suis né(e) il y a : 31 ans dans la charmante ville de : Thèbes. Depuis mon arrivé(e) j'ai rédigé : 64 papyrus. Je suis actuellement : célibataire, je vis dans la ville de : Thèbes. On me dit souvent que je ressemble à : Jason Momoa. Je dois mon avatar à : Arté.

Voir le profil de l'utilisateur

Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  Jeu 30 Juil - 23:44


à l'ombre de nos esquives

Parfois des éclats de voix, parfois un silence de mort. Montant la garde devant cette porte qui renfermait des secrets inimaginables, Isdès s’inquiétait. Il n’en ferait jamais part à la prêtresse qu’il se devait de protéger dans chacun de ses déplacements mais il s’inquiétait pour ces demoiselles. Qu’allaient-elles devenir ? La plupart d’entre elles n’étaient pas beaucoup plus vieilles que sa sœur cadette tandis que celles qui avaient l’âge de son autre sœur se faisaient rares. Il imaginait déjà qu’elles étaient trop vieilles pour les goûts pervers des clients affamées. La peau n’était plus aussi douce, les traits du visage n’étaient plus aussi juvéniles. Leur poitrine était peut-être encore ferme mais ne valait pas la rondeur des seins sortis de l’adolescence. Toutes ces femmes subissaient les moindres désirs de ceux qui payaient et elles demeureraient soumises à leur bon vouloir jusqu’à la fin de leurs jours. On ne sortait pas d’un bordel la tête haute. Dans son métier, l’homme était constamment confronté aux fossés béants qui séparaient les castes sociales de Thèbes. Dès sa naissance, chacun était destiné à une voie plus ou moins dessinée tandis que d’autres horizons leur seraient interdits jusqu’à leur mort. Même dans le trépas, tous devaient endurer l’ultime jugement qui déciderait de leur éternité dans l’au-delà. Tout acte, tout geste, toute parole était confiée à un verdict et Isdès doutait que qui que ce soit n’ait jamais joui d’une réelle et entière liberté. C’est pourquoi il suivait sa route sans provoquer d’émoi. Il savait que l’on avait choisi sa destinée et réfuter la fatalité serait vain et stupide. Il savait que dès lors qu’une occasion s’ouvrirait, il la saisirait. En attendant, il demeurait le parfait garde du corps. Il serait l’ombre de toutes les âmes qu’on lui confierait. Il était prêt à travers les déserts, à affronter les diners mondains ou à mettre les pieds dans la fange des plus démunis. Infatigable, il endurait tout sans courber l’échine. Et alors qu’il aurait pu insister et lui imposer sa présence, Isdès s’était enfin résigné à jouer le gardien d’une consultation pour femmes déshonorées.

Malheureusement, cette situation le ramena à des souvenirs indésirables. Il y avait moins d’un an de cela, il s’était tenu de la même façon devant une porte sensiblement plus richement ornée. Elle avait été bâtie du même bois mais l’architecture et les dorures qui encadraient le travail de sculpture laissait deviner qu’elle était de fabrique romaine. Lors de son dernier voyage à Rome, il avait gardé l’entrée des chambres de l’émissaire égyptien qu’il avait dû accompagner pour chacune de ses entrevues. Il se souvenait des nuits sans sommeil passées à épier chaque aller et venue, pour peu qu’elle semble suspecte. Derrière cette porte-là, comme derrière cette porte-ci, se tenait une existence sur laquelle reposait son avenir. Si sa fonction officielle était d’empêcher ses pupilles de se faire tuer, il savait qu’ils avaient également le pouvoir de le garder en vie. Un jour, il faillait à son devoir et c’était la mort qui l’attendait. La mort nette et irréversible ou la mort sociale parce qu’il ne serait alors de plus aucune utilité. Son utilité sur l’empire égyptien reposait sur le droit de vie et de mort sur l’humain. Tandis que de son bras gauche, il protégeait l’âme du trépas, de son bras droit, il s’occupait de la retirer de l’enveloppe charnelle. Alors qu’il avait dû faire revenir l’émissaire sain et sauf sur la terre promise, il avait dû ôter la vie d’une jeune femme aux cheveux d’or blanc. Une mort pour une vie, telle était l’équilibre qu’il s’efforçait de préserver avant tout. Tel était son rôle. Alors, pourquoi continuait-il de réfléchir ? Pourquoi son esprit ne voulait-il pas se débarrasser de ces doutes, de sa méfiance ? C’était si facile d’être ce qu’on voulait qu’il soit alors pourquoi se bornait-il à être quelqu’un d’autre ? Isdès commençait à trouver le temps long – surtout quand il plongeait dans une telle introspection. Dans un empire aussi pragmatique et évolué que l’Egypte, l’intelligence n’était bonne que pour ceux qui avaient suffisamment de richesse pour perdre du temps. Il n’en faisait pas partie. Il entendit un brouahah inhabituel de l’autre côté de la porte, là où officiait Mérésânkh. Quelque chose se tramait et aussitôt, il comprit. Il n’eut même pas besoin de se mettre dans la peau de la fugitive puisqu’il aurait fait la même chose pour échapper à un poursuivant. Il se hâta de descendre les escaliers, sautant par-dessus les dernières marches. La lourdeur de son saut fit sursauter l’assemblée féminine et Isdès leur dit adieu d’un geste de la tête. Il ne comptait plus remettre les pieds ici, que son devoir l’exige ou que ses besoins d’homme ne frôlent le désespoir.

Sous la fenêtre donnant sur la chambrée, Isdès reprit sa position comme s’il n’avait jamais bougé. Le froissement d’un tissu au-dessus de sa tête lui confirma qu’il avait eu raison de descendre. La prêtresse était en train de descendre le mur, soutenue par des nœuds de draps et par sa complice enceinte. Il accueillit le corps imprudent avec puissance, veillant cependant à ne pas la faire chuter. Immédiatement, prise à son propre piège, Mérésânkh se débattit de toutes ses forces et ameuta tout le voisinage de ses vociférations. Cette situation le faisait rire. Réellement, outrepasser les règles l’amusait et l’outrance des bafoués, davantage. Néanmoins, il ne tenait pas à subir le courroux des plus fidèles au temple d’Isis et murmura à l’oreille de l’insouciante : « Tu n’aimes pas perdre. » Il retourna sa silhouette face à lui et posa son index près des lèvres pulpeuses de la jeune femme. « Cesse de te battre et rentrons. » Cette fois-ci, ça n’était plus un ordre mais une simple proposition. Malgré tout, Isdès ne voulait pas attiser la haine de la jeune femme, simplement taquiner ses frontières afin de lui prouver qu’elles n’étaient pas sacrées. Il recula d’un pas et se redressa, comme pour reprendre sa stature et son obéissance de soldat. « Tu comprendras que mon rôle n’est que de te préserver. » Un rôle dont bien d’autres profitaient qu’elle réfutait. Et c’était pour cette raison qu’elle était la première qu’il avait réellement envie de défendre.

Contenu sponsorisé
Je me prénomme Contenu sponsorisé.


Sujet: Re: « À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)  -  
 

« À l'Ombre de nos Esquives » (Isdès)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 

 Sujets similaires :

L'ombre furtive est là, mais vous ne la voyez pas...[En attente d'autres validations] ||Togoria- L'ombre d'un doute ||Voyage en ombre et disparition d'armée ||L'Ombre du Vent. [ Free. ][ UC] ||[Entraînement] A l'ombre du grand chêne ||